Tesla flirte avec le sommet aux États-Unis

Tesla flirte avec le sommet aux États-Unis

Pour la première fois de sa jeune histoire, Tesla a ravi hier le titre de premier constructeur automobile américain. En atteignant en matinée un sommet de 51,2 milliards US en valeur boursière, et malgré des pertes colossales, l’entreprise d’Elon Musk a momentanément éclipsé GM. Bulle boursière ou nouvelle réalité ? Quatre mots pour comprendre.

Petit

Dans le coin gauche, Tesla, qui a vendu l’an dernier 84 000 véhicules pour des revenus de 7 milliards. Dans le droit, GM, avec à son actif 10 millions de voitures vendues, pour 166,4 milliards US engrangés. Et c’est pourtant Tesla qui a dépassé pendant quelques heures GM, après en avoir fait autant avec Ford la semaine précédente. Il ne faut pas se fier à la petite taille relative d’une entreprise pour juger de son impact, rappelle Vincent Sabourin, professeur de stratégie des affaires à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM. « Vous avez quelque chose qui commence à la marge, comme Tesla, avec des voitures sport de luxe électriques, ce qui est un tout petit segment. C’est comme ça qu’ils ont lancé Airbnb avec la location : le principe de la technologie perturbatrice, c’est que vous commencez avec quelque chose de totalement inoffensif. » Et pas besoin d’être à la tête de la plus grande entreprise pour faire rêver : c’est ce qu’Elon Musk, avec ses projets de colonisation de Mars et ses fusées recyclables, est l’un des seuls patrons à réussir à faire.

Rupture

En anglais, on l’appelle FOMO, pour « Fear of Missing Out », ou la peur de rater le train. C’est ce qui explique la popularité auprès des investisseurs de la Silicon Valley d’entreprises dont les pertes se chiffrent en centaines de millions de dollars par année. « À plus de 300 $ l’action, c’est très cher, mais manifestement, le marché financier estime que le fruit est mûr, dit M. Sabourin. Le marché est à la recherche de nouveaux phénomènes qui s’apparentent à Uber, Amazon ou Airbnb, ajoute M. Sabourin. Le mot magique, c’est innovation de rupture. » Il estime tout de même « ahurissant » que la valeur boursière de Tesla ait pu dépasser celles de GM et de Ford. Mais il acquiesce quand on lui suggère que le fait traduit surtout la mauvaise santé de l’industrie automobile. « Il y a un éléphant dans la pièce : les jeunes n’achètent plus de voitures, le statut sociologique de la voiture a changé. Ils étaient tellement occupés à se battre à la semaine pour vendre des voitures avec le ?rabais du patron” qu’un monstre est apparu. »

Innovation

Le patron de Tesla, Elon Musk, l’a répété à l’envi : il ne souhaite pas construire la meilleure voiture électrique, mais la meilleure voiture tout court. Et il semble y parvenir avec des méthodes peu orthodoxes qui contribuent à l’aura révolutionnaire de la marque. « C’est une compagnie très innovante sur le plan de la conception : alors que la majorité des fabricants sous-traitent les composantes, Tesla fait elle-même ses propres batteries, explique le professeur de l’École des sciences de la gestion. Ils utilisent les panneaux solaires qu’ils ont développés sur les toits, ne vendent qu’en ligne au lieu de confier la distribution de leur voiture à des franchisés… Ils ne sont pas du tout dans la norme. » Sans parler du service après-vente étonnant, avec l’instauration d’un système de garantie de prix de rachat, qui assure au propriétaire d’une Tesla que sa voiture ne sera pas trop dévaluée. « Mercedes faisait ça à ses débuts, rappelle M. Sabourin. Ça sécurise beaucoup les gens : il n’y a aucun bien dont la dépréciation est aussi rapide que celle de la voiture. »

Électrification

Impossible de parler du succès de Tesla sans évoquer l’importance en 2017 de l’électrification des transports. L’entreprise californienne en est un des acteurs et des bénéficiaires principaux. Le grand frein, pour l’instant, est le prix peu concurrentiel des véhicules électriques. Mais ce n’est qu’une question d’années avant que ça ne bascule, estime Vincent Sabourin. « L’industrie automobile est sauvée en ce moment par le prix du pétrole qui a chuté. Ça ne durera pas éternellement. » Il note par ailleurs que Tesla a réussi à mettre sur pied un réseau impressionnant de bornes de recharge et, surtout, à produire des batteries qui se chargent relativement rapidement. « Il faut rendre hommage aux Américains là-dessus : nous, en matière d’électrification au Québec, on hésite, on est timides, on n’a pas de moyens. Hydro-Québec avait pourtant les éléments en main pour être un leader dans le domaine des batteries. »

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